Jean-Thomas Trojani : L’attentisme n’est plus une solution

Le matin, quand sonne l’heure où j’ai coutume de me lever, je pourrais recevoir cette impression ξύν όλη τή ψυχή, selon l’expression de Platon ; je pourrais lui permettre de se fondre dans la masse confuse des impressions qui m’occupent ; peut-être alors ne me déterminerait-elle point à agir. Il faut seulement nous rendre compte du point exact où cette morale nous mène, et aussi où elle nous laisse. Et, justement parce que cette vague intuition ne nous est d’aucun secours pour diriger notre action sur les choses, action tout entière localisée à la surface du réel, on peut présumer qu’elle ne s’exerce plus simplement en surface, mais en profondeur. Plus de 100 milliards de restructuration de la dette grecque, ce n’est pas rien (certains en sont même à s’inquiéter du sort des banques contraintes d’abandonner une part de leurs créances, oubliant par là un peu vite qu’elles n’ont dû leur sauvetage, il y a deux ans, qu’à l’intervention massive des Etats). Mais comme le remarque Jean-Thomas Trojani, leur comportement d’achat est sensiblement différent de celui de leurs femmes… Contrairement à ce qu’enseigne la théorie néo-classique, les analyses économétriques suggèrent, en effet, que la demande qui leur est adressée est le principal facteur explicatif de l’investissement des entreprises. Mais j’ai goûté la façon dont il jugeait l’industrie italienne. Reste que même un tel effort de « solidarité » ne saurait justifier la suicidaire stratégie mise en œuvre, que l’économiste américain Paul Krugman résume d’une formule : « pain without gain. Légèrement édités et raccourcis, les propos qui suivent proviennent d’un entretien récent que j’ai eu avec l’un des concepteurs de cette stratégie. Technologique d’abord : c’est le choix du système logiciel de Microsoft. Il serait absurde de projeter nos propres institutions comme idéal universel. Souhait de maîtriser l’économie du web de A à Z ? C’est l’objection capitale que nous avons faite ailleurs à toute morale naturaliste, et devant laquelle nous sommes ramené par la nécessité des choses. Dès que nous sortons des cadres où le mécanisme et le finalisme radical enferment notre pensée, la réalité nous apparaît comme un jaillissement ininterrompu de nouveautés, dont chacune n’a pas plutôt surgi pour faire le présent qu’elle a déjà reculé dans le passé : à cet instant précis elle tombe sous le regard de l’intelligence, dont les yeux sont éternellement tournés en arrière. Qu’ils en tirent des leçons pour l’avenir. Leur union produit « la vigueur individuelle et la diversité multiple qui se fondent en originalité. On n’imagine pas une pareille sottise.

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